08/08/2019

Il y a quelques jours je suis tombé sur une photo de Woodstock. On y voit plusieurs personnes dans la foule prises dans l'ambiance d'un concert, au centre de l'image une femme blonde jupe à fleurs courte joue de la flûte traversière, à ses pieds un homme aux cheveux frisés la tête redressée extatique joue du tambour, à sa droite un homme moustachu torse nu danse les yeux fermés, il tient quelque chose dans sa main je ne sais pas quoi, une espèce de bâton dont il se sert peut-être pour jouer lui aussi d'un instrument mais le reste est hors du cadre de la photo, derrière eux on voit la foule qui danse sur quelle musique je l'ignore. Woodstock à vrai dire je ne savais pas quelle année c'était exactement, les années soixante bien sûr, mais moi je suis venu après, alors que - je regarde en ligne - Woodstock c'est 1969. Je ne sais plus exactement quels groupes ont joué à Woodstock, je l'ai su peut-être un jour, disons que j'ai dû voir des images à la télé car je n'ai pas d'autres expériences de Woodstock que via la télé, une couche après l'autre, des bribes ici et là, aussi sur le web sans doute, mais rien de vraiment fixe, des images à moitié effacées, des sons bien sûr, s'y mêle Jimmy Hendrix brûlant sa guitare mais ça n'a rien à voir avec Woodstock qui est bien dans ma tête comme une référence mais une référence confuse car né quelques années après je n'ai pas d'expérience directe de ces journées, j'en ai juste reçu quelques échos et je n'ai jamais étudié le rock même si je suis plein de ce rock, d'une multitude de groupes qui ont peut-être été à Woodstock, je suis plein de chansons rock. Dans tout le flux des images qui passent je me suis arrêté sur cette photo de foule à Woodstock, photo qui respire la joie de vivre, le bonheur de partager la musique et la danse ensemble, une espèce de bonheur collectif pur expérience qu'on associe souvent avec Woodstock, le rock, la liberté, la révolte aussi, la volonté de fraterniser, d'aimer, une expérience humaine exceptionnelle que personne ne semble avoir oublié même si comme moi quantité de personnes en ont une connaissance limitée et vague. Le matin même j'étais tombé sur cet article du journal local qui n'avait rien à voir avec Woodstock, vraiment rien, c'était un article sur les "vacances vertes" que choisissaient semble-t-il de vivre certaines familles en France, combien l'article ne le disait pas, les articles de journaux ne disent pas ce genre d'informations chiffrées car elles n'existent pas, combien de familles en France ont choisi cette année de vivre des "vacances vertes" consistant apparemment, pour sauver la planète, à circuler sur une plage ou à faire une randonnée tout en ramassant les mégots et les déchets, il y avait d'ailleurs une photo où l'on voyait des gens une famille parce que ce genre de "vacances vertes" n'a de sens qu'en famille vu qu'il s'agit en même temps pour les parents d'éduquer leurs enfants à l'écologie - ou peut-être plutôt pour les enfants d'éduquer leurs propres parents, car de plus en plus d'enfants semblent vouloir éduquer leurs propres parents à l'écologie, c'est un phénomène nouveau sur lequel les journalistes devraient se pencher mais passons - en tout cas sur la photo on voyait des gens une famille en "vacances vertes" des visages heureux et épanouis de passer des vacances à sauver la planète, bref, une photo de propagande comme il y en a plein dans les journaux locaux et nationaux. Il faut un sens de l'organisation pour de telles "vacances vertes", finie la légèreté des vacances à l'ancienne où on essayait de se vider la tête en faisant la fête ou en bronzant sur la plage, finis l'insouciance et le bonheur d'être simplement ensemble au milieu d'un paysage ensoleillé, à la place une organisation quotidienne, un projet qui porte le groupe famille dirigé certainement par un leader, un des enfants convertis à l'écologie qui s'occupe d'établir un bilan quotidien des déchets ramassés tout en fixant de nouveaux objectifs pour les prochains jours et en définissant de nouveaux parcours, les "vacances vertes" c'est une organisation permanente à laquelle chaque individu doit se soumettre en souriant, prêt à sauter sur le premier mégot aperçu, mine de rien on est déjà dans le paramilitaire, mais souriant. C'est seulement quand j'ai vu plus tard la photo de Woodstock cinquante ans plus tôt cette photo de bonheur et d'insouciance que j'ai repensé à celle de la famille "en vacances vertes" vue le matin dans le journal et que je me suis posé la questions suivante: que s'est-il donc passé ? Que s'est-il donc passé entre les deux photos ? Comment l'espèce humaine de la photo de Woodstock - insouciante, heureuse de musique et de danse, disons dionysiaque - a-t-elle pu basculer dans le protestantisme écologique inventé par les pays germaniques et scandinaves que l'on cite constamment en exemple, car je ne doute pas que nombre d'enfants de la génération Woodstock ont eux aussi basculé dans le protestantisme écologique, ils ont cinquante ans aujourd'hui, eux-mêmes ont des enfants de trente ans qui ont eux-mêmes des enfants même pas adultes qui leur intiment l'ordre peut-être de passer des "vacances vertes" avec eux à ramasser des mégots et des déchets au long d'interminables randonnées en bord de mer ou sur des sentiers de montagne, oui, me suis-je demandé en ayant les deux photos en tête, que s'est-il donc passé ?

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